vendredi 20 septembre 2013

Inconstance ou constance du temps ?

Le temps semble contredire nos plus profonds désirs et nous met dans l'incapacité de rester fidèle à notre image. Tout regard vers le passé met en évidence une altérité. Dès que je regarde en arrière, j’ai l’impression de n’être plus aujourd’hui celui que j’étais hier. Quoi que je fasse je change et j’apprends à devenir autres. Garder une continuité dans le temps semble inutile. La continuité de la vie ressemble à une galerie de personnages où les formes successives se suivent. Le moi prend tour à tour la forme du niais, du passionné, du fou, ou du sage. Il ne semble pas pouvoir rester le même.


Le temps est impossible à maîtriser. Le temps est par nature déstabilisant. Pourtant là où il y a la durée il y a évolution et création de soi, si bien que seul notre flux conserve une unité essentielle permanente. La cohérence avec soi dans la durée est justement le Soi. Il est vain d’exiger de qui que ce soit de rester le même, quand le temps nous fait changer, mûrir, nous transformer dans un devenir qui n’a pas de fin.

Le problème c’est l’ego qui n’accepte pas le changement, sauf que quand il peut le dominer, le régir, le contrôler. Il ne supporte pas ce qui l’atteint dans son territoire d’influence, ce qui le touche dans son intimité et surtout dans ses possessions. L’arriviste qui a gagné les sommets voudrait éternellement jouir de sa position de pouvoir. Il est accroché à son fauteuil et y tient, même si son destin semble l’appeler ailleurs. Du fond de nos sécurités, nous voulons bien que les choses durent... mais sans changement ! Notre idée de la constance est rigide et élaboré par le mental pour terroriser le provisoire et nier le Temps. Le voleur d’image va encore plus loin, parce qu’il implique un jeu de dupe où le sujet se prend lui-même pris au piège de l’apparence en lui prêtant une réalité qu’il n’a pas.

Pourtant là où il y a la durée de la vie il n’y a pas rupture, il n'y a que le changement et pas de chose qui change. Se poser la question du temps, c’est s’interroger sur le sens que la durée peut prendre quand elle devient aventure intérieure, quand elle devient non plus un changement aléatoire, mais une évolution de la conscience. Evolution ne veut pas dire simple changement. Ce n’est pas parce qu’un homme ou une femme ont changé cinq fois de partenaires que pour autant ils ont réellement évolué.

La question est bien plutôt de savoir si nous avons oui ou non le courage d’être, le courage de vivre délibérément et passionnément cette vie qui est la nôtre. Sans passion, il n’y a que médiocrité. Dans la Passion, il y a l’excellence. La plus insipide des trahisons est la trahison devant la vie, dans la dénégation de soi, la fuite, le reniement. Qu’importe après tout la direction que prend un homme, nous avons souvent changé de costume. Nous pouvons en changer encore. Quelle importance ? Ce qui importe, c’est de ne pas rompre le contrat de fidélité à Soi qui commande à la Vie quelle soit elle-même et vécue.

B.B © Septembre 2013

2 commentaires:

  1. Sujet très intéressant.
    Oui, on change. Enfin, surtout dans nos comportements. Par exemple très grande timide enfant, je suis dotée d' une assez bonne assurance maintenant. C'est sans doute la meilleure chose que m'ait apporté la maturité!
    Après, je suis d'accord avec toi sur ce Soi.
    Lui est immuable. Ses valeurs doivent rester intactes, même si dans la façon de voir, comprendre, appréhender l'extérieur il y a mouvance ou évolution.
    Amitiés.

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    1. Il doit bien y avoir en ce monde du solide sur lesquelles on peut compter ! Les personnes qu’on aime surtout ! Ce serait terrifiant de penser que tout ce qui vient s’en va et que tout est provisoire………Amicalement Bruno

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